Notre bouffe, Notre Mission

 

 

   On nous demande parfois: «La ville de Trois-Rivieres n'est-elle pas débordante de services alimentaires?  Le prix de revient des aliments biologiques et équitables n'est-il pas tellement mince qu'il est presque impossible de faire du profit en les transformant? Qui voudrait faire du commerce dans de telles circonstances ?» Ces questions sont légitimes. En effet, demandons-nous pourquoi les cultivateurs biologiques, les transformateurs et commerçants équitables se donnent-ils tant de peine? Pourquoi ne pas acheter en gros des États-Unis? Pourquoi tenter ce qui semble à prime à bord impossible, voire suicidaire?

 

   Je ne peux répondre que pour ma femme et moi, mais je crois que mes propos résonneront chez tous ceux et celles qui, comme nous, prennent de tels risques. Je vous explique. Nous ne sommes pas dupes ni téméraires. Nous sommes un couple de jeunes commerçants qui désire faire des affaires à notre façon, avec nos règles, ne suivant ni les aléas du marché, ni les modes, mais en suivant des principes qu'incarne une nouvelle génération de pme, de cultivateurs et cuisiniers. Les tendances en alimentation commencent avec des gens comme nous qui les créons et maintenons. Difficile, en effet, mais impossible, non.

 

 

Justice Sociale

 

   Certes, nous n'allons pas changer le monde. Qui plus est, il est vrai que nous ne ferons pas fortune en suivant des principes qui vont à l'encontre des tendances du marché. Certes, on ne devient pas éco-responsable pour faire fortune, mais plutôt parce que nous croyons que c'est juste. Nous devons donc nous plier aux impératifs de nos consciences en ce qui concerne la justice sociale et ce, malgré les risques que cela implique. Étant chrétiens, nos convictions nous empêchent de concevoir un monde où l’économie a plus de poids que les individus et l’environnement avec lequel ils sont intimement liés. Nous croyons que la nature n’est pas seulement un moyen pour arriver à nos fins, mais constitue une fin en soi et doit donc être traitée en conséquence.

   Il est juste de payer plus cher pour notre viande, nos fruits, notre café. Il est juste de payer à l'ouvrier un salaire équitable, qu'il soit un cultivateur de la Mauricie ou un ouvrier du Guatemala. C'est juste de s'occuper de nos cultivateurs qui en arrachent. C'est juste de traiter les animaux d'une façon digne.

   De ce fait, nous désirons promouvoir les courageux fermiers qui traitent les animaux et la terre avec la dignité qui leur est dû. Enfin, en tant qu'humanistes, nous encourageons tous et chacun à mener une réflexion portant sur nos valeurs en tant qu'individus libres et responsables et d'utiliser pleinement les diverses alternatives responsables qui sont disponibles en Mauricie et ailleurs.

 

 

Un nouveau modèle économique agro-alimentaire

 

    C'est bien beau d’ouvrir une boutique avec le décor le plus raffiné, de voir entrer des gens pour qui ce raffinement est une manière de se distinguer, un peu comme les aristocrates l'ont fait pendant des siècles. Pourtant, le décor, le désign, bref tout ce qui occasionne des coûts qui n'ont rien à voir avec la bouffe, sont chargés dans le prix de l'assiette du client. Notre modèle se résume à garder les coûts fixes extrêmement bas tout en exerçant notre créativité, ce qui permet au client de payer pour ce qu'il y dans son assiette et pas plus. De surcoit, en raison du prix et du choix des aliments moins nobles mais transformés d'une manière créative, les services alimentaires deviennent de plus en plus démocratiques car les gens moins nantis peuvent se permettre de tels services.

 

 

La bouffe pis encore la bouffe

 

   Ce qui prime dans notre modèle, c'est la bouffe, pis encore la bouffe. Moi, Marc Larochelle, j'ai travaillé presque douze ans dans plusieurs endroits au Canada et je dois avouer que la plupart du temps, je ne mangais pas ce qui était servi, ni la viande, ni les légumes. Le poulet, par exemple, me laissait perplexe face à ce que devait être la qualité du produit lorsque l'on considérait le prix. Bref, si on demande pourquoi favoriser les aliments biologiques?  C'est simplement meilleur, remarquablement meilleur: au niveau du goût et au niveau de la valeur nutritive de l'aliment.

 

Enfin...

 

   Revenons à notre question initiale, pourquoi faire du commerce eco-responsable?  Pourquoi prendre un tel risque?  Tout simplement, parce que c'est juste. Du moins, c'est ce que nous croyons. Or, nous devons suivre nos consciences. Nous ne voulons pas que le marché dicte la façon dont nous faisons du commerce. Finalement, les aliments de la terre sont au centre de la transformation qui s'opère dans l'industrie agro alimentaire. Je vous invite à venir gouter la différence.

Marc Larochelle

 

 

Les Coureurs des champs sont : Marc Larochelle et Lydia Brunel

 

    Le chef, Marc Larochelle, a perfectionné son savoir culinaire dans trois provinces canadiennes en plus des innombrables lectures sur la cuisine des amériques. Son BAC en philosophie l’a amené à se questionner sur l’éthique alimentaire et sur les impacts de notre alimentation sur l’économie régionale.

 

    Pour sa part, Lydia Brunel, après une formation professionnelle en cuisine d’établissement et quelques années d’expérience, a approfondit ses connaissances dans l’histoire de l’alimentation, en particulier celle du Québec, lors de ses études dans son baccalauréat en histoire.